Date et heure: mardi 20 mars 2012 de 18h30 à 20h30
Lieu: Pôle des Langues et Civilisations: 65 rue des grands moulins - 75013 Paris
Salle: communiquée ultérieurement
Titre: Compléments résultatifs et expression de la subjectivité en chinois
Auteur: Odile Roth, Inalco - CRLAO, UMR 8563 du CNRS
Résumé:
Le but de cet exposé est de mettre en évidence le rôle que peuvent jouer certains compléments résultatifs dans l’expression de la subjectivité en chinois contemporain.
Les constructions résultatives du chinois contemporain sont généralement décrites comme l’association d’un verbe d’action et d’un complément résultatif de nature verbale (verbe d’action ou verbe d’état) indiquant le résultat engendré par l’action du premier verbe. Ces compléments résultatifs sont traditionnellement répartis en trois catégories, en fonction du type de résultat qu’ils dénotent : les résultatifs d’état décrivent un état résultant de l’action du verbe ; les résultatifs directionnels indiquent la direction dans laquelle s’effectue l’action du verbe. La dernière catégorie de résultatifs regroupe quant à elle l’ensemble des compléments résultatifs n’entrant ni dans la première, ni dans la seconde catégorie. Sa définition reste assez floue, mais l’ensemble des auteurs s’accordent pour dire que son rôle est d’apporter une information de type aspectuel au premier verbe de la structure. Ainsi, des verbes tels que dào « arriver », diào « tomber », hăo « être bon, être prêt » perdent leur sens initial lorsqu’ils sont employés en tant que compléments résultatifs, et sont employés pour indiquer que l’action est arrivée à son terme, qu’elle a abouti au résultat escompté.
Exemples :
(1) zhăo « chercher » et zhăo-dào « trouver »
(2) cā « essuyer » (faire le geste de frotter) et cā-diào « essuyer » (faire partir une tache)
(3) zuò « faire » et zuò-hăo « achever »
Or, il arrive qu’un même verbe puisse être employé avec plusieurs compléments résultatifs de type aspectuel, ce qui conduit à de notables différences de sens :
(4) chī « manger » et chī-hăo « finir de manger »
(5) chī-diào « engloutir »
(6) chī-dào « avoir l’occasion de manger »
Nous analyserons ce phénomène comme une résurgence des sens verbaux initiaux des compléments résultatifs, qui ne peut se produire que dans des configurations d’énoncé bien particulières, et montrerons qu’un locuteur peut sciemment faire un choix parmi plusieurs compléments résultatifs pour faire porter sa marque sur l’énoncé. En effet, dans les exemples (5) et (6), le complément résultatif n’est plus seulement employé pour marquer l’arrivée à terme d’une action, mais comporte une évaluation sur la manière dont s’effectue l’action. Ces valeurs de subjectivité ne pouvant s’apprécier pleinement qu’au sein de leur situation d’énonciation, nous prendrons soin au cours de l’exposé de citer les énoncés dans leur intégralité, accompagnés de leur contexte si nécessaire.
Références :
kerbrat-orecchioni, Catherine (1997), 3ème édition (1ère édition 1980) L’énonciation – De la subjectivité dans le langage, Armand Colin, 290 p.
Lagae, Véronique et al. (eds), 2002, Temps et aspect : de la grammaire au lexique, Cahiers Chronos 10, 215 p.
Li, Charles et Sandra A. Thompson (1981), Mandarin Chinese: a functional reference grammar, Berkeley: University of California Press, 691 p.
Liu, Yan (2007), “V 掉”的语义类型与“掉”的虚化V-diào de yŭyì lèixíng yŭ diào de xūhuà [Typologie des sens de V-diào et grammaticalisation de diào], dans 中国语文 Zhōngguó Yŭwén 2, pp. 133-143
Robert, Stéphane (1994), « Rôle du sujet énonciateur dans la construction du sens », dans Subjecthood and Subjectivity, Ophrys, pp. 209-229
Rygaloff, Alexis (1973), Grammaire élémentaire du chinois, PUF, 261 p.
Tournadre, Nicolas (2004), « Typologie des aspects verbaux et intégration à une théorie du TAM », dans Bulletin de la Société de linguistique de Paris, t. XCIX, fasc. 1, p. 7-68
Xu, Dan (et al.), 2008, Les résultatifs du chinois contemporain : dictionnaire pratique, L’Asiathèque, 348 p.
dimanche 18 mars 2012
mardi 28 février 2012
Séance du 5 mars 2012
Date et heure: lundi 5 mars 2012 de 19h à 21h
Lieu: Pôle des Langues et Civilisations: 65 rue des grands moulins - 75013 Paris
Salle: amphi 5
Titre: Antisymétrie et analyses du DP en chinois
Auteur: Xiaoliang Huang, université Paris-Diderot
Le présent travail vise à offrir une nouvelle analyse pour la structure interne du DP i.e. Determiner Phrase en chinois. Plus précisément, la séquence démonstratif-numéral-classificateur-(DE)-nom est examinée et sera analysée comme faisant intervenir une petite proposition dans laquelle la partie prédicative se déplace à gauche du déterminant. Mon étude s'inscrit dans le cadre de la grammaire générative et s'appuie essentiellement sur les recherches sur la linéarisation et l'antisymétrie de la syntaxe. Cet exposé s'organise de la manière suivante: premièrement, présenter une rétrospective des études de la linéarisation et des problématiques concernées; deuxièmement, considérer des données en provenance du chinois.
La linéarisation est une dimension importante dans la grammaire générative. Le modèle Principes & Paramètres propose la notion de directionnalité pour rendre compte de la diversité linguistique en termes d'ordre de mots. Ainsi, une préposition est simplement considérée comme ayant son complément à droite, et une postposition comme ayant son complément à gauche. Pourtant, la directionnalité, sujet de paramétrisation d'ordres, se montre incapable d'expliquer certains phénomènes. C'est par exemple le cas du hongrois, quand on examine l'accord entre une préposition tête et son complément. En chinois, il existe aussi des constructions dans lesquelles la paramétrisation semble aléatoire, sur quoi le Principe de directionnalité reste muet.
Kayne (1994) a avancé l'Axiome de Correspondance linéaire, qui consiste à dire que l'ordre linéaire résulte de l'application de la hiérarchie syntaxique. Autrement dit, étant donné une représentation syntaxique, la dimension horizontale exprimée en termes de précédence ou succession est un héritage direct de la dimension verticale configurée en termes de dominance. L'aspect le plus essentiel de cette théorie est que deux éléments syntaxiques sont interdits de se mettre en relation de symétrie, sinon ils seront non-linéarisables l'un par rapport à l'autre. Cette interdiction est connue sous le nom de "antisymétrie".
L'hypothèse de Kayne est hautement rigide et de nature très représentationnelle. Le manque de flexibilité constitue un des reproches le plus mentionné contre cette théorie. Sa nature représentationnelle est aussi incompatible avec un modèle dérivationnel, ce vers quoi la grammaire générative évolue. Des nouvelles versions de théorie de linéarisation ont été proposées au fur et à mesure, elles visent souvent à affaiblir la rigidité de l'hypothèse kaynienne et la tendance générale de ces théories est d'étudier des constructions symétriques dans les langues et les manières dont elles sont "réparées". Moro (2000) représente un effort déployé dans ce sens. Il établit une "typologie" des constructions symétriques et propose un mécanisme de réparation par déplacement. Une de ces construction est la phrase copulative dans laquelle la copule relie deux DPs:
(1) John is the cause of the riot.
En termes de Moro, cette phrase est construite par VP is qui choisit une petite proposition composée de deux DP, à savoir John et the cause of the riot. Ces deux DP constituent une symétrie et l'un d'entre-eux doit se déplacer à la position SpecVP.
Cette analyse de phrase copulative est la base pour les discussions du chinois. En chinois, un NP a typiquement la structure suivante: démonstratif-numéral-classificateur-(DE)-nom. Dans cette construction, la séquence numéral-classificateur-nom peut être analysée comme résultant du déplacement d'une petite proposition composée de numéral et classificateur vers la position specifieur du nom tête. Cette opération est contrainte par la nature du classificateur, qui doit être un classificateur massique
Dans cet exposé, je vais argumenter que cette contrainte est de nature plutôt sémantique que syntaxique. Par conséquent, la même séquence avec un classificateur comptable peut aussi recevoir la même prise en compte. Une hypothèse cruciale dans cette analyse est que le relateur de en chinois est un déterminant.
Lieu: Pôle des Langues et Civilisations: 65 rue des grands moulins - 75013 Paris
Salle: amphi 5
Titre: Antisymétrie et analyses du DP en chinois
Auteur: Xiaoliang Huang, université Paris-Diderot
Le présent travail vise à offrir une nouvelle analyse pour la structure interne du DP i.e. Determiner Phrase en chinois. Plus précisément, la séquence démonstratif-numéral-classificateur-(DE)-nom est examinée et sera analysée comme faisant intervenir une petite proposition dans laquelle la partie prédicative se déplace à gauche du déterminant. Mon étude s'inscrit dans le cadre de la grammaire générative et s'appuie essentiellement sur les recherches sur la linéarisation et l'antisymétrie de la syntaxe. Cet exposé s'organise de la manière suivante: premièrement, présenter une rétrospective des études de la linéarisation et des problématiques concernées; deuxièmement, considérer des données en provenance du chinois.
La linéarisation est une dimension importante dans la grammaire générative. Le modèle Principes & Paramètres propose la notion de directionnalité pour rendre compte de la diversité linguistique en termes d'ordre de mots. Ainsi, une préposition est simplement considérée comme ayant son complément à droite, et une postposition comme ayant son complément à gauche. Pourtant, la directionnalité, sujet de paramétrisation d'ordres, se montre incapable d'expliquer certains phénomènes. C'est par exemple le cas du hongrois, quand on examine l'accord entre une préposition tête et son complément. En chinois, il existe aussi des constructions dans lesquelles la paramétrisation semble aléatoire, sur quoi le Principe de directionnalité reste muet.
Kayne (1994) a avancé l'Axiome de Correspondance linéaire, qui consiste à dire que l'ordre linéaire résulte de l'application de la hiérarchie syntaxique. Autrement dit, étant donné une représentation syntaxique, la dimension horizontale exprimée en termes de précédence ou succession est un héritage direct de la dimension verticale configurée en termes de dominance. L'aspect le plus essentiel de cette théorie est que deux éléments syntaxiques sont interdits de se mettre en relation de symétrie, sinon ils seront non-linéarisables l'un par rapport à l'autre. Cette interdiction est connue sous le nom de "antisymétrie".
L'hypothèse de Kayne est hautement rigide et de nature très représentationnelle. Le manque de flexibilité constitue un des reproches le plus mentionné contre cette théorie. Sa nature représentationnelle est aussi incompatible avec un modèle dérivationnel, ce vers quoi la grammaire générative évolue. Des nouvelles versions de théorie de linéarisation ont été proposées au fur et à mesure, elles visent souvent à affaiblir la rigidité de l'hypothèse kaynienne et la tendance générale de ces théories est d'étudier des constructions symétriques dans les langues et les manières dont elles sont "réparées". Moro (2000) représente un effort déployé dans ce sens. Il établit une "typologie" des constructions symétriques et propose un mécanisme de réparation par déplacement. Une de ces construction est la phrase copulative dans laquelle la copule relie deux DPs:
(1) John is the cause of the riot.
En termes de Moro, cette phrase est construite par VP is qui choisit une petite proposition composée de deux DP, à savoir John et the cause of the riot. Ces deux DP constituent une symétrie et l'un d'entre-eux doit se déplacer à la position SpecVP.
Cette analyse de phrase copulative est la base pour les discussions du chinois. En chinois, un NP a typiquement la structure suivante: démonstratif-numéral-classificateur-(DE)-nom. Dans cette construction, la séquence numéral-classificateur-nom peut être analysée comme résultant du déplacement d'une petite proposition composée de numéral et classificateur vers la position specifieur du nom tête. Cette opération est contrainte par la nature du classificateur, qui doit être un classificateur massique
Dans cet exposé, je vais argumenter que cette contrainte est de nature plutôt sémantique que syntaxique. Par conséquent, la même séquence avec un classificateur comptable peut aussi recevoir la même prise en compte. Une hypothèse cruciale dans cette analyse est que le relateur de en chinois est un déterminant.
mercredi 8 février 2012
Séance du 14 février 2012
Date et heure: mardi 14 février 2012 de 18h30 à 20h30
Lieu: Pôle des Langues et Civilisations: 65 rue des grands moulins - 75013 Paris
Salle 5.05
Suite de la séance précédente
Titre: Dépendance du sujet dans la construction en ko du coréen
Auteur: Jihye Chun (Université Paris-Ouest Nanterre La Défense - MoDyCo CNRS)
Lieu: Pôle des Langues et Civilisations: 65 rue des grands moulins - 75013 Paris
Salle 5.05
Suite de la séance précédente
Titre: Dépendance du sujet dans la construction en ko du coréen
Auteur: Jihye Chun (Université Paris-Ouest Nanterre La Défense - MoDyCo CNRS)
mardi 31 janvier 2012
Séance du 7 février 2012
Date et heure: mardi 7 février de 19h à 21h
Lieu: Pôle des Langues et Civilisations: 65 rue des grands moulins - 75013 Paris
Salle 5.01
Titre: Dépendance du sujet dans la construction en ko du coréen
Auteur: Jihye Chun (Université Paris-Ouest Nanterre La Défense - MoDyCo CNRS)
Résumé:
Après avoir fait une esquisse de quelques bases de la syntaxe du coréen comme la forme verbale, l’ordre des mots etc., nous montrons que l’ordre des mots en coréen laisse penser que dans une construction en ko dans laquelle deux verbes contrôlent le même sujet, celui-ci peut dépendre du dépendant verbal, ce qui contredit une interprétation purement « syntaxique » dans la théorie du liage.
Prenons l’exemple suivant :
(1) Yeongi-ka doseokwan-e keu kabang-eul deul-ko ka-ss-da
Yeongi-SUJ bibliothèque-LOC ce sac-ACC porter-TS aller-P-DEC
‘Yeongi est allée à la bibliothèque avec ce sac’
C’est une construction à contrôle dans laquelle le sujet sous-jacent du dépendant verbal est contrôlé par le verbe principal. Autrement dit, le V1 (le verbe principal, ka-ss-da) et le V2 (le dépendant verbal, deul-ko) ont le même sujet coréférent dont un seul est réalisé. En grammaire générative, cette construction est interprétée comme si c’était le verbe principal qui régit le sujet, alors que le sujet du V2 est indiqué en termes de PRO (Chomsky 1981). Pourtant, en manipulant l’ordre des mots, nous nous rendons compte qu’il serait possible que le sujet se place juste devant le V2 (2a) ou bien (peu) envisageable que le sujet se place juste devant le V1 (2b) :
(2) a. keu kabang-eul Yeongi-ka deul-ko doseokwan-e ka-ss-da
ce sac-ACC Yeong-SUJ porter-TS bibliothèque-LOC aller-P-DEC
‘Yeongi est allée à la bibliothèque avec ce sac’
b. ?? keu kabang-eul deul-ko doseokwan-e Yeongi-ka ka-ss-da
ce sac-ACC porter-TS bibiliothèque-LOC Yeongi-SUJ aller-P-DEC
Ces exemples nous permettent de nous demander si l’idée de PRO du V2 est pertinente et si c’est le V1 qui régit directement le sujet grammatical. Nous émettons donc l’hypothèse que l’on peut avoir un autre arbre de dépendance dans lequel le sujet dépend plutôt du V2.
Pour analyser la phrase (2a), en nous référant aux travaux de Blanche-Benveniste (2002), Chun (2009), Combettes (1998), Kong (1981), Roulet (2002), nous analysons la phrase (2a) comme un énoncé ayant deux unités indépendantes: 1) Yeongi a porté ce sac 2) Elle est allée à la bibliothèque. Le lien coréférentiel entre Yeongi et elle est établi en termes de l’unité de perception (Kong 1981) ou de mémoire discursive (Roulet 2002). Le coréen est une langue à pro-drop (Lee 1986), d’où la possibilité de ne pas avoir « elle » dans la deuxième unité. D’ailleurs, le fait qu’il y a une pause après la première unité montre le détachement de la deuxième unité. Ces éléments nous amènent à penser qu’en coréen, contrairement au point de vue génératif, le V2 peut former une unité détachée ayant le sujet lui-même dans la construction à contrôle.
Abréviation
SUJ : sujet, ACC : accusatif, LOC : locatif, TS : translatif en substantif, P : passé, DEC : déclaratif
Références
Blanche-Benveniste, Claire. 2002. Phrase et construction verbale, Verbum 24, pp.7-22.
Chomsky, Noam. 1981. Lectures on Government and Binding. Dordrecht:Foris.
Chun, Jihye. 2009. Korean Subject Attachment in Predicative Chains, Proceedings of MTT (Meaning-Text Theory)’09, Montréal, 26-28 juin 2009.
Combettes, Bernard. 1998. Les constructions détachées en français, Paris : Ophrys.
Kong, Young-Il. 1981. Daemyeongsa-wa Munjang-eui Inji (Pronom et perception de la phrase), Eoneo-wa eoneohak (Langue et linguistique) 7, pp.91-109.
Lee, Chongmin. 1986. Pro Drop in Korean, Eohak (Linguistique) 13, pp.83-94.
Roulet, Eddy. 2002. Le problème de la définition des unités à la frontière entre le syntaxique et le textuel, Verbum 24, pp.161-178.
Lieu: Pôle des Langues et Civilisations: 65 rue des grands moulins - 75013 Paris
Salle 5.01
Titre: Dépendance du sujet dans la construction en ko du coréen
Auteur: Jihye Chun (Université Paris-Ouest Nanterre La Défense - MoDyCo CNRS)
Résumé:
Après avoir fait une esquisse de quelques bases de la syntaxe du coréen comme la forme verbale, l’ordre des mots etc., nous montrons que l’ordre des mots en coréen laisse penser que dans une construction en ko dans laquelle deux verbes contrôlent le même sujet, celui-ci peut dépendre du dépendant verbal, ce qui contredit une interprétation purement « syntaxique » dans la théorie du liage.
Prenons l’exemple suivant :
(1) Yeongi-ka doseokwan-e keu kabang-eul deul-ko ka-ss-da
Yeongi-SUJ bibliothèque-LOC ce sac-ACC porter-TS aller-P-DEC
‘Yeongi est allée à la bibliothèque avec ce sac’
C’est une construction à contrôle dans laquelle le sujet sous-jacent du dépendant verbal est contrôlé par le verbe principal. Autrement dit, le V1 (le verbe principal, ka-ss-da) et le V2 (le dépendant verbal, deul-ko) ont le même sujet coréférent dont un seul est réalisé. En grammaire générative, cette construction est interprétée comme si c’était le verbe principal qui régit le sujet, alors que le sujet du V2 est indiqué en termes de PRO (Chomsky 1981). Pourtant, en manipulant l’ordre des mots, nous nous rendons compte qu’il serait possible que le sujet se place juste devant le V2 (2a) ou bien (peu) envisageable que le sujet se place juste devant le V1 (2b) :
(2) a. keu kabang-eul Yeongi-ka deul-ko doseokwan-e ka-ss-da
ce sac-ACC Yeong-SUJ porter-TS bibliothèque-LOC aller-P-DEC
‘Yeongi est allée à la bibliothèque avec ce sac’
b. ?? keu kabang-eul deul-ko doseokwan-e Yeongi-ka ka-ss-da
ce sac-ACC porter-TS bibiliothèque-LOC Yeongi-SUJ aller-P-DEC
Ces exemples nous permettent de nous demander si l’idée de PRO du V2 est pertinente et si c’est le V1 qui régit directement le sujet grammatical. Nous émettons donc l’hypothèse que l’on peut avoir un autre arbre de dépendance dans lequel le sujet dépend plutôt du V2.
Pour analyser la phrase (2a), en nous référant aux travaux de Blanche-Benveniste (2002), Chun (2009), Combettes (1998), Kong (1981), Roulet (2002), nous analysons la phrase (2a) comme un énoncé ayant deux unités indépendantes: 1) Yeongi a porté ce sac 2) Elle est allée à la bibliothèque. Le lien coréférentiel entre Yeongi et elle est établi en termes de l’unité de perception (Kong 1981) ou de mémoire discursive (Roulet 2002). Le coréen est une langue à pro-drop (Lee 1986), d’où la possibilité de ne pas avoir « elle » dans la deuxième unité. D’ailleurs, le fait qu’il y a une pause après la première unité montre le détachement de la deuxième unité. Ces éléments nous amènent à penser qu’en coréen, contrairement au point de vue génératif, le V2 peut former une unité détachée ayant le sujet lui-même dans la construction à contrôle.
Abréviation
SUJ : sujet, ACC : accusatif, LOC : locatif, TS : translatif en substantif, P : passé, DEC : déclaratif
Références
Blanche-Benveniste, Claire. 2002. Phrase et construction verbale, Verbum 24, pp.7-22.
Chomsky, Noam. 1981. Lectures on Government and Binding. Dordrecht:Foris.
Chun, Jihye. 2009. Korean Subject Attachment in Predicative Chains, Proceedings of MTT (Meaning-Text Theory)’09, Montréal, 26-28 juin 2009.
Combettes, Bernard. 1998. Les constructions détachées en français, Paris : Ophrys.
Kong, Young-Il. 1981. Daemyeongsa-wa Munjang-eui Inji (Pronom et perception de la phrase), Eoneo-wa eoneohak (Langue et linguistique) 7, pp.91-109.
Lee, Chongmin. 1986. Pro Drop in Korean, Eohak (Linguistique) 13, pp.83-94.
Roulet, Eddy. 2002. Le problème de la définition des unités à la frontière entre le syntaxique et le textuel, Verbum 24, pp.161-178.
mardi 13 décembre 2011
Séance du 3 janvier 2012
Date et heure: mardi 3 janvier de 19h à 21h
Lieu: Paris 3-Centre Censier (13 rue de Santeuil) salle 21b( rdc).
Titre: De la distinction entre micro et macrosyntaxe : unité illocutoire, unité rectionelle, entassement
Auteurs: Paola Pietrandrea (Roma Tre et CNRS - Lattice), Sylvain Kahane (université Paris-Ouest, CNRS - MoDyCo)
Résumé:
L'annotation syntaxique d'un corpus de français parlé (ANR Rhapsodie) pose le problème de la segmentation des transcriptions en « énoncés ». Le travail pratique de découpage nous a amenés à considérer deux types d’unités — les unités rectionnelles (unités construites autour d’une tête, qui n’est syntaxiquement dépendante d’aucun élément de rang supérieur) et les unités illocutoires (portions de discours comportant un unique acte illocutoire, soit une assertion, soit une question, soit un ordre, soit une exclamation). Ces deux types d’unités obéissent à des principes d’organisation très différents pris en charge respectivement par la micro- et la macrosyntaxe. Ces deux dimensions possèdent une relative indépendance et aucun des deux niveaux n’englobe l’autre. La définition de l’unité rectionnelle a nécessité de prendre en compte la notion d’entassement (le dispositif syntaxique qui définit les listes) qui permet de rattacher des éléments (comme les reformulations, les disfluences, les réponses à une question partielle) qui ne sont pas régis ni microsyntaxiquement, ni macrosyntaxiquement et n’ont pourtant aucune autonomie syntaxique. Nous proposerons une typologie des entassements incluant une description des coordinations non relationnelles et des doubles formulations. Les deux unités d’analyse (unités rectionnelles et unités illocutoires) et les deux dispositifs de reliage – rection et entassement – permettent de décrire de manière simple des phénomènes complexes comme les questions-réponses, l’instanciation, le discours rapporté, la greffe, le parallélisme entre énoncés ou encore les énoncés discontinus.
Lieu: Paris 3-Centre Censier (13 rue de Santeuil) salle 21b( rdc).
Titre: De la distinction entre micro et macrosyntaxe : unité illocutoire, unité rectionelle, entassement
Auteurs: Paola Pietrandrea (Roma Tre et CNRS - Lattice), Sylvain Kahane (université Paris-Ouest, CNRS - MoDyCo)
Résumé:
L'annotation syntaxique d'un corpus de français parlé (ANR Rhapsodie) pose le problème de la segmentation des transcriptions en « énoncés ». Le travail pratique de découpage nous a amenés à considérer deux types d’unités — les unités rectionnelles (unités construites autour d’une tête, qui n’est syntaxiquement dépendante d’aucun élément de rang supérieur) et les unités illocutoires (portions de discours comportant un unique acte illocutoire, soit une assertion, soit une question, soit un ordre, soit une exclamation). Ces deux types d’unités obéissent à des principes d’organisation très différents pris en charge respectivement par la micro- et la macrosyntaxe. Ces deux dimensions possèdent une relative indépendance et aucun des deux niveaux n’englobe l’autre. La définition de l’unité rectionnelle a nécessité de prendre en compte la notion d’entassement (le dispositif syntaxique qui définit les listes) qui permet de rattacher des éléments (comme les reformulations, les disfluences, les réponses à une question partielle) qui ne sont pas régis ni microsyntaxiquement, ni macrosyntaxiquement et n’ont pourtant aucune autonomie syntaxique. Nous proposerons une typologie des entassements incluant une description des coordinations non relationnelles et des doubles formulations. Les deux unités d’analyse (unités rectionnelles et unités illocutoires) et les deux dispositifs de reliage – rection et entassement – permettent de décrire de manière simple des phénomènes complexes comme les questions-réponses, l’instanciation, le discours rapporté, la greffe, le parallélisme entre énoncés ou encore les énoncés discontinus.
jeudi 1 décembre 2011
Séance du 6 décembre 2011
Date et heure: mardi 6 décembre de 19h à 21h
Lieu: Paris 3 Centre Censier (13 rue de Santeuil) salle 21b( rdc).
Titre : Segmentation et induction de lexique non-supervisées du mandarin
Auteur : Pierre Magistry
Équipe : Alpage ( Paris 7 / INRIA )
Résumé :
Cette présentation portera principalement sur la question de
l'identification automatique des mots-formes dans de larges corpus
bruts.
Le problème se pose dans de nombreuses langues (sinon toutes) et se
retrouve en traitement automatique des langues (TAL) sous des noms
variés comme segmentation (en "mots", pour les langues n'utilisant pas
de caractère d'espacement) ou le repérage d'expression multi-mots
(MWE, pour les langues où la présence ou non d'un espace peut être
trompeuse)
Mon travail porte essentiellement sur le mandarin, langue pour
laquelle des systèmes de TAL basés sur l'apprentissage automatique à
partir de ressources annotées manuellement sont disponibles et
largement utilisés. Je tâcherai cependant de montrer que l'utilisation
de tels systèmes pose problème dans le cadre de certaines études
linguistiques, par exemple si celle-ci portent sur le lexique et sa
dynamique dans le temps, l'espace, les genres ou les domaines.
Les quantités de données disponibles rendent difficile l'analyse
manuelle en gardant une vision d'ensemble. Je défends donc l'emploi de
méthodes automatiques dites "non-supervisées" qui induisent leurs
résultats à partir de l'analyse de la distribution de l'ensemble des
données brutes.
Je présenterai en particulier une méthode inspirée d'un hypothèse de
[Harris, 55] suivant laquelle les frontières des unités pertinentes
linguistiquement sont marquées par une plus grande incertitude sur ce
qui va suivre ou précède dans la chaîne parlée. Cette hypothèse a été
formalisée et appliquée à la segmentation non-supervisée du mandarin
par [Jin et Tanaka-ishii, 06]. Je présenterai les améliorations et
adaptations de ce modèle que l'on propose dans [Magistry & Sagot,
2011] ainsi que le travail effectué depuis.
Références principales :
Harris, 1955. From phonemes to morphemes.
(http://www.jstor.org/stable/10.2307/411036)
Jin & Tanaka, 2006. Unsupervised segmentation of Chinese text by use
of branching entropy (http://dl.acm.org/citation.cfm?id=1273129)
Magistry & Sagot, 2011. Segmentation et induction de lexique
non-supervisées du mandarin
(http://atoll.inria.fr/~sagot/pub/TALN11zhseg.pdf)
Lieu: Paris 3 Centre Censier (13 rue de Santeuil) salle 21b( rdc).
Titre : Segmentation et induction de lexique non-supervisées du mandarin
Auteur : Pierre Magistry
Équipe : Alpage ( Paris 7 / INRIA )
Résumé :
Cette présentation portera principalement sur la question de
l'identification automatique des mots-formes dans de larges corpus
bruts.
Le problème se pose dans de nombreuses langues (sinon toutes) et se
retrouve en traitement automatique des langues (TAL) sous des noms
variés comme segmentation (en "mots", pour les langues n'utilisant pas
de caractère d'espacement) ou le repérage d'expression multi-mots
(MWE, pour les langues où la présence ou non d'un espace peut être
trompeuse)
Mon travail porte essentiellement sur le mandarin, langue pour
laquelle des systèmes de TAL basés sur l'apprentissage automatique à
partir de ressources annotées manuellement sont disponibles et
largement utilisés. Je tâcherai cependant de montrer que l'utilisation
de tels systèmes pose problème dans le cadre de certaines études
linguistiques, par exemple si celle-ci portent sur le lexique et sa
dynamique dans le temps, l'espace, les genres ou les domaines.
Les quantités de données disponibles rendent difficile l'analyse
manuelle en gardant une vision d'ensemble. Je défends donc l'emploi de
méthodes automatiques dites "non-supervisées" qui induisent leurs
résultats à partir de l'analyse de la distribution de l'ensemble des
données brutes.
Je présenterai en particulier une méthode inspirée d'un hypothèse de
[Harris, 55] suivant laquelle les frontières des unités pertinentes
linguistiquement sont marquées par une plus grande incertitude sur ce
qui va suivre ou précède dans la chaîne parlée. Cette hypothèse a été
formalisée et appliquée à la segmentation non-supervisée du mandarin
par [Jin et Tanaka-ishii, 06]. Je présenterai les améliorations et
adaptations de ce modèle que l'on propose dans [Magistry & Sagot,
2011] ainsi que le travail effectué depuis.
Références principales :
Harris, 1955. From phonemes to morphemes.
(http://www.jstor.org/stable/10.2307/411036)
Jin & Tanaka, 2006. Unsupervised segmentation of Chinese text by use
of branching entropy (http://dl.acm.org/citation.cfm?id=1273129)
Magistry & Sagot, 2011. Segmentation et induction de lexique
non-supervisées du mandarin
(http://atoll.inria.fr/~sagot/pub/TALN11zhseg.pdf)
dimanche 26 juin 2011
Séance du 28 juin 2011
Date et heure: mardi 28 juin 2011 à 19h
Lieu: Département Afrique de l'Inalco RDC - 10 rue Riquet 75019 Paris, Métro Riquet
Titre: Esquisse d'une hiérarchie sémantique de noms d'artefacts du wolof
Auteur: Olivier Bondeelle (Université Paris-Ouest; Leiden University)
Résumé
Si un artefact est une production humaine qui a une fonction déterminée, les noms d'artefacts sont potentiellement très nombreux. Pourtant, aucune étude à ma connaissance n'a exploré ce champ sémantique pour le wolof. Cette présentation est l'ébauche d'une exploration de l'organisation hiérarchique de ce champ. La première partie de cet exposé est une typologie sommaire des noms d'artefacts du wolof. Elle est basée sur le degré de prédicativité des noms, et sur la fonction des artefacts dans la situation dénotée. A une extrémité de l'échelle se trouvent des noms qui ne contrôlent qu'un actant et qui dénotent des objets destinés à la sphère personnelle de l'utilisateur (bijoux, vêtements). A l'autre extrémité se trouvent des noms qui contrôlent au moins trois actants et qui dénotent des moyens d'échanges entre les participants de la situation (moyens de transport, monnaie).
A partir de cette typologie, on propose d'attribuer une étiquette sémantique à quelques types de noms. La notion d'étiquette sémantique (es) a été publiée dans Polguère 2003. Elle consiste grosso modo à synthétiser la composante centrale d'une définition de type lexicographique (Mel'cuk et al. 1995) par une unité lexicale ou un syntagme de la langue de définition. Pour les besoins de la présentation, on se limitera à une définition abrégée. Celle-là prend la forme d'une proposition simple qui spécifie le nombre et la réalisation des actants, ainsi que l'utilisation générale de l'artefact.
La seconde partie se penche sur des noms sémantiquement ambivalents dont la caractéristique est que l'on peut leur attribuer plus d'une es comme dans les exemples ci-dessous.
(a) ñi doon tëgg sabar yi daldi taxaw
3pl pred.pass battre un rythme tam-tam pl aussitôt s'arrêter
Les batteurs de tams-tams s'arrêtèrent
(b) Sabar gi door; ñuy fecc, tëgg mi ak tàccu yi xumb
tam-tam sg commencer 3pl.inac danser battement de tambour sg avec applaudissement pl être animé
La séance de tam-tam commença; on dansa, le battement des tam-tams et les claquements de mains étaient animés
(c) dinaa la bàyyi nga dem ca sabar gi nga ma doon tàggu
pred.inac.1sg 2sg laisser 2sg aller loc tam-tam sg 2sg 1sg pred.pass demander la permission
je te laisserai partir au sabar comme tu me l'avais demandé
(d) [...] sabar ga tas, ñépp fàq, ku nekk daw dugg sa kër
tam-tam sg se disperser 3pl faire une fugue chacun courir entrer poss.2sg maison
l'assemblée (du sabar) se disperse, tous fuient, chacun file droit dans sa maison
Références
Mel'cuk et al. 1995. Introduction à la lexicologie explicative et combinatoire. Duculot
Polguère A. 2003. Etiquetage sémantique des lexies dans la base de données DiCo. TAL, vol. 44(2), 2003: 39-68
Lieu: Département Afrique de l'Inalco RDC - 10 rue Riquet 75019 Paris, Métro Riquet
Titre: Esquisse d'une hiérarchie sémantique de noms d'artefacts du wolof
Auteur: Olivier Bondeelle (Université Paris-Ouest; Leiden University)
Résumé
Si un artefact est une production humaine qui a une fonction déterminée, les noms d'artefacts sont potentiellement très nombreux. Pourtant, aucune étude à ma connaissance n'a exploré ce champ sémantique pour le wolof. Cette présentation est l'ébauche d'une exploration de l'organisation hiérarchique de ce champ. La première partie de cet exposé est une typologie sommaire des noms d'artefacts du wolof. Elle est basée sur le degré de prédicativité des noms, et sur la fonction des artefacts dans la situation dénotée. A une extrémité de l'échelle se trouvent des noms qui ne contrôlent qu'un actant et qui dénotent des objets destinés à la sphère personnelle de l'utilisateur (bijoux, vêtements). A l'autre extrémité se trouvent des noms qui contrôlent au moins trois actants et qui dénotent des moyens d'échanges entre les participants de la situation (moyens de transport, monnaie).
A partir de cette typologie, on propose d'attribuer une étiquette sémantique à quelques types de noms. La notion d'étiquette sémantique (es) a été publiée dans Polguère 2003. Elle consiste grosso modo à synthétiser la composante centrale d'une définition de type lexicographique (Mel'cuk et al. 1995) par une unité lexicale ou un syntagme de la langue de définition. Pour les besoins de la présentation, on se limitera à une définition abrégée. Celle-là prend la forme d'une proposition simple qui spécifie le nombre et la réalisation des actants, ainsi que l'utilisation générale de l'artefact.
La seconde partie se penche sur des noms sémantiquement ambivalents dont la caractéristique est que l'on peut leur attribuer plus d'une es comme dans les exemples ci-dessous.
(a) ñi doon tëgg sabar yi daldi taxaw
3pl pred.pass battre un rythme tam-tam pl aussitôt s'arrêter
Les batteurs de tams-tams s'arrêtèrent
(b) Sabar gi door; ñuy fecc, tëgg mi ak tàccu yi xumb
tam-tam sg commencer 3pl.inac danser battement de tambour sg avec applaudissement pl être animé
La séance de tam-tam commença; on dansa, le battement des tam-tams et les claquements de mains étaient animés
(c) dinaa la bàyyi nga dem ca sabar gi nga ma doon tàggu
pred.inac.1sg 2sg laisser 2sg aller loc tam-tam sg 2sg 1sg pred.pass demander la permission
je te laisserai partir au sabar comme tu me l'avais demandé
(d) [...] sabar ga tas, ñépp fàq, ku nekk daw dugg sa kër
tam-tam sg se disperser 3pl faire une fugue chacun courir entrer poss.2sg maison
l'assemblée (du sabar) se disperse, tous fuient, chacun file droit dans sa maison
Références
Mel'cuk et al. 1995. Introduction à la lexicologie explicative et combinatoire. Duculot
Polguère A. 2003. Etiquetage sémantique des lexies dans la base de données DiCo. TAL, vol. 44(2), 2003: 39-68
lundi 6 juin 2011
Séance du 7 juin 2011
Date et heure: mardi 7 juin 2011 à 19h
Lieu: Département Afrique de l'Inalco RDC - 10 rue Riquet 75019 Paris, Métro Riquet
Titre: Le marquage pluriel des SNs avec démonstratif en yorùbá : un cas de variation diachronique?
Auteur: Nicolas Aubry (INALCO - LLACAN)
Résumé:
Nous limitant au cas de SNs comportant le démonstratif yìí (sg.) / wọ̀nyí (pl.) (de très loin le plus fréquent), nous présentons les trois possibilités pour y marquer le pluriel : (1) la présence de la "marque de pluriel" àwọn préposée à la tête nominale, avec la forme "singulier" du démonstratif yìí, (2) la présence de la forme de pluriel du démonstratif wọ̀nyí, sans la "marque de pluriel" àwọn, enfin (3) la présence à la fois de la "marque de pluriel" àwọn et de la forme de pluriel du démonstratif wọ̀nyí.
(1) àwọn ìwé yii
pl livre dem
'ces livres'
(2) ìwé wọ̀nyí
livre dem.pl
'ces livres'
(3) àwọn ìwé wọ̀nyí
pl livre dem.pl
'ces livres'
Ces trois SNs sont toujours décrits comme synonymes dans les travaux sur le yorùbá, ce que nous acceptons. C'est même le point de départ du travail présenté : s'il s'agit de constructions concurrentes, il peut être intéressant de comparer leurs fréquences respectives en diachronie. Moyennant la caractérisation (manuelle) d'environ 4000 occurrences, nous avons relevé les cas pertinents (démonstratif + pluriel) dans un corpus diachronique de presse couvrant huit décennies, puis effectué les calculs nécessaires.
S'il est difficile de dégager une tendance régulière, certaines périodes se distinguent nettement ; on note par exemple une forte augmentation de la construction (1) dans la période la plus récente alors que cette construction, fréquente au début du 20è siècle, avait "chuté" entre-temps.
Lieu: Département Afrique de l'Inalco RDC - 10 rue Riquet 75019 Paris, Métro Riquet
Titre: Le marquage pluriel des SNs avec démonstratif en yorùbá : un cas de variation diachronique?
Auteur: Nicolas Aubry (INALCO - LLACAN)
Résumé:
Nous limitant au cas de SNs comportant le démonstratif yìí (sg.) / wọ̀nyí (pl.) (de très loin le plus fréquent), nous présentons les trois possibilités pour y marquer le pluriel : (1) la présence de la "marque de pluriel" àwọn préposée à la tête nominale, avec la forme "singulier" du démonstratif yìí, (2) la présence de la forme de pluriel du démonstratif wọ̀nyí, sans la "marque de pluriel" àwọn, enfin (3) la présence à la fois de la "marque de pluriel" àwọn et de la forme de pluriel du démonstratif wọ̀nyí.
(1) àwọn ìwé yii
pl livre dem
'ces livres'
(2) ìwé wọ̀nyí
livre dem.pl
'ces livres'
(3) àwọn ìwé wọ̀nyí
pl livre dem.pl
'ces livres'
Ces trois SNs sont toujours décrits comme synonymes dans les travaux sur le yorùbá, ce que nous acceptons. C'est même le point de départ du travail présenté : s'il s'agit de constructions concurrentes, il peut être intéressant de comparer leurs fréquences respectives en diachronie. Moyennant la caractérisation (manuelle) d'environ 4000 occurrences, nous avons relevé les cas pertinents (démonstratif + pluriel) dans un corpus diachronique de presse couvrant huit décennies, puis effectué les calculs nécessaires.
S'il est difficile de dégager une tendance régulière, certaines périodes se distinguent nettement ; on note par exemple une forte augmentation de la construction (1) dans la période la plus récente alors que cette construction, fréquente au début du 20è siècle, avait "chuté" entre-temps.
mardi 26 avril 2011
Séance du 26 avril 2011
Date et heure: mardi 26 avril 2011 à 19h
Lieu: Département Afrique de l'Inalco RDC - 10 rue Riquet 75019 Paris, Métro Riquet
Titre: DE L’OBLICITÉ EN HAOUSSA
Résumé envoyé aux participants
Lieu: Département Afrique de l'Inalco RDC - 10 rue Riquet 75019 Paris, Métro Riquet
Titre: DE L’OBLICITÉ EN HAOUSSA
Résumé envoyé aux participants
dimanche 27 mars 2011
Séance du mardi 5 avril 2011
Date et heure: mardi 5 avril 2011 à 19h
Lieu: Département Afrique de l'Inalco RDC - 10 rue Riquet 75019 Paris, Métro Riquet
Titre: Statut du pronom CE en ancien français, dans les incises ainsi que dans ses différentes constructions
Auteur: Julie Glikman (Lattice)
Résumé:
Lorsque l’on regarde en diachronie la construction de l’incise de RF de type « je crois », on observe ainsi une évolution dans sa structure interne, depuis credo en latin jusqu’à je crois en FM :
latin credo > AF ce croi > MF-16e ce crois je > FM je crois
Faut-il, du fait de la présence du pronom régime, en conclure qu’il ne s’agit pas du même type d’incises ? Pourtant, il semblerait que cette incise soit bien la même, avec le même fonctionnement externe et les mêmes effets de sens à première vue. S’il s’agit bien de la même construction incise, il faut expliquer l’apparition, puis la disparition, du pronom régime, pour saisir ce qui a vraiment évolué dans la construction.
Pour expliquer ceci, nous faisons l’hypothèse que le changement observé dans la construction de l’incise est d’un autre ordre. Nous postulons que la construction connaît aussi des paramètres de variation liés à l’opposition oral – écrit. Nous postulons également que dans cette construction, le pronom ce n’est pas un pronom de reprise « forte », et ne vient pas pour saturer la valence verbale, mais qu’il sert de « lieur », de marquage d’insertion à l’hôte, davantage nécessaire dans le pôle écrit que dans le pôle oral. Ce ne serait ainsi pas la valence du verbe de l’incise qui évolue, mais la manière, et la nécessité ou non, de marquer l’insertion dans l’hôte, en fonction du type de données. Cette hypothèse permettrait également d’expliquer la différence entre les incises en ce crois et la construction en comme je crois, sémantiquement proches, mais différentes au niveau du marquage de l’intégration à l’hôte.
De la même manière, il semble que le pronom ce doit être analysé comme un pronom de reprise « faible », ne saturant pas nécessairement la valence verbale, comme en atteste l’observation de ses autres emplois, comme par exemple l’emploi comme corrélatif annonçant une complétive qui, elle, vient saturer la valence, ou, de la même manière que les incises de RF, sa présence dans les incises de Discours Rapporté :
(1) Ço sent Rollant que la mort le tresprent, (Roland 2354)
[Ce sent Roland que la mort le presse]
(2) Ço dit li reis que sa guere out finee. (Roland 704)
[ce dit le roi qu’il a fini sa guerre]
(3) Icele tere, ço dit, dun il esteit, (Roland 979)
[cette terre, ce dit, dont il était…]
Ainsi, le pronom ce peut annoncer une que-P sans saturer la valence verbale, sorte de corrélatif. Pour Franzen (Franzen S.R. (1939), Étude sur la syntaxe des pronoms personnels sujets en ancien français, Almqvist & Wiksells Boktryckeri-A.-B.), le ce vient ainsi « résumer » l’hôte, ce qui est effectivement le cas, mais selon nous pas tant pour saturer la valence du RF, mais bien pour indiquer le lien entre les deux propositions, hôte et incise.
Pour confirmer cette intuition, nous nous intéresserons à l’ensemble des constructions dans lesquelles le pronom CE apparaît en ancien français. Nous commencerons par en dresser une typologie. Dans la Chanson de Roland, on les observe en effet :
Avec des verbes de paroles (dire, répondre, demander…), suivi du style direct ou indirect :
(1) Ço dist Rollant : "Cornerai l'olifant (1701)
[Ce] dit Roland : Je sonnerai l’Olifan
(2) Ço dit li reis que sa guere out finee. (704)
[Ce] dit le roi que sa guerre est finie
Avec des verbes d’expérience (savoir, sentir, voir) :
(3) Ço veit Tierris que el vis est ferut (3929)
[Ce] voit Thierry que son visage est blessé
Autres :
(4) Se Deus ço dunet que jo de la repaire, (288)
Si Dieu donne [ça] que je sorte de là …
Nous chercherons ensuite à établir le statut du pronom, entre complément plein, corrélatif vide, marque redondante, élément facultatif ou au contraire obligatoire (certains verbes apparaissant dans Roland uniquement dans ce schéma), et le statut du ‘second complément’, régi ou hors phrase. Nous pourrons enfin nous interroger sur l’évolution de cette construction, entre permanence et changement.
Lieu: Département Afrique de l'Inalco RDC - 10 rue Riquet 75019 Paris, Métro Riquet
Titre: Statut du pronom CE en ancien français, dans les incises ainsi que dans ses différentes constructions
Auteur: Julie Glikman (Lattice)
Résumé:
Lorsque l’on regarde en diachronie la construction de l’incise de RF de type « je crois », on observe ainsi une évolution dans sa structure interne, depuis credo en latin jusqu’à je crois en FM :
latin credo > AF ce croi > MF-16e ce crois je > FM je crois
Faut-il, du fait de la présence du pronom régime, en conclure qu’il ne s’agit pas du même type d’incises ? Pourtant, il semblerait que cette incise soit bien la même, avec le même fonctionnement externe et les mêmes effets de sens à première vue. S’il s’agit bien de la même construction incise, il faut expliquer l’apparition, puis la disparition, du pronom régime, pour saisir ce qui a vraiment évolué dans la construction.
Pour expliquer ceci, nous faisons l’hypothèse que le changement observé dans la construction de l’incise est d’un autre ordre. Nous postulons que la construction connaît aussi des paramètres de variation liés à l’opposition oral – écrit. Nous postulons également que dans cette construction, le pronom ce n’est pas un pronom de reprise « forte », et ne vient pas pour saturer la valence verbale, mais qu’il sert de « lieur », de marquage d’insertion à l’hôte, davantage nécessaire dans le pôle écrit que dans le pôle oral. Ce ne serait ainsi pas la valence du verbe de l’incise qui évolue, mais la manière, et la nécessité ou non, de marquer l’insertion dans l’hôte, en fonction du type de données. Cette hypothèse permettrait également d’expliquer la différence entre les incises en ce crois et la construction en comme je crois, sémantiquement proches, mais différentes au niveau du marquage de l’intégration à l’hôte.
De la même manière, il semble que le pronom ce doit être analysé comme un pronom de reprise « faible », ne saturant pas nécessairement la valence verbale, comme en atteste l’observation de ses autres emplois, comme par exemple l’emploi comme corrélatif annonçant une complétive qui, elle, vient saturer la valence, ou, de la même manière que les incises de RF, sa présence dans les incises de Discours Rapporté :
(1) Ço sent Rollant que la mort le tresprent, (Roland 2354)
[Ce sent Roland que la mort le presse]
(2) Ço dit li reis que sa guere out finee. (Roland 704)
[ce dit le roi qu’il a fini sa guerre]
(3) Icele tere, ço dit, dun il esteit, (Roland 979)
[cette terre, ce dit, dont il était…]
Ainsi, le pronom ce peut annoncer une que-P sans saturer la valence verbale, sorte de corrélatif. Pour Franzen (Franzen S.R. (1939), Étude sur la syntaxe des pronoms personnels sujets en ancien français, Almqvist & Wiksells Boktryckeri-A.-B.), le ce vient ainsi « résumer » l’hôte, ce qui est effectivement le cas, mais selon nous pas tant pour saturer la valence du RF, mais bien pour indiquer le lien entre les deux propositions, hôte et incise.
Pour confirmer cette intuition, nous nous intéresserons à l’ensemble des constructions dans lesquelles le pronom CE apparaît en ancien français. Nous commencerons par en dresser une typologie. Dans la Chanson de Roland, on les observe en effet :
Avec des verbes de paroles (dire, répondre, demander…), suivi du style direct ou indirect :
(1) Ço dist Rollant : "Cornerai l'olifant (1701)
[Ce] dit Roland : Je sonnerai l’Olifan
(2) Ço dit li reis que sa guere out finee. (704)
[Ce] dit le roi que sa guerre est finie
Avec des verbes d’expérience (savoir, sentir, voir) :
(3) Ço veit Tierris que el vis est ferut (3929)
[Ce] voit Thierry que son visage est blessé
Autres :
(4) Se Deus ço dunet que jo de la repaire, (288)
Si Dieu donne [ça] que je sorte de là …
Nous chercherons ensuite à établir le statut du pronom, entre complément plein, corrélatif vide, marque redondante, élément facultatif ou au contraire obligatoire (certains verbes apparaissant dans Roland uniquement dans ce schéma), et le statut du ‘second complément’, régi ou hors phrase. Nous pourrons enfin nous interroger sur l’évolution de cette construction, entre permanence et changement.
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