dimanche 27 mars 2011

Séance du mardi 5 avril 2011

Date et heure: mardi 5 avril 2011 à 19h
Lieu: Département Afrique de l'Inalco RDC - 10 rue Riquet 75019 Paris, Métro Riquet

Titre: Statut du pronom CE en ancien français, dans les incises ainsi que dans ses différentes constructions
Auteur: Julie Glikman (Lattice)

Résumé:
Lorsque l’on regarde en diachronie la construction de l’incise de RF de type « je crois », on observe ainsi une évolution dans sa structure interne, depuis credo en latin jusqu’à je crois en FM :
latin credo > AF ce croi > MF-16e ce crois je > FM je crois
Faut-il, du fait de la présence du pronom régime, en conclure qu’il ne s’agit pas du même type d’incises ? Pourtant, il semblerait que cette incise soit bien la même, avec le même fonctionnement externe et les mêmes effets de sens à première vue. S’il s’agit bien de la même construction incise, il faut expliquer l’apparition, puis la disparition, du pronom régime, pour saisir ce qui a vraiment évolué dans la construction.
Pour expliquer ceci, nous faisons l’hypothèse que le changement observé dans la construction de l’incise est d’un autre ordre. Nous postulons que la construction connaît aussi des paramètres de variation liés à l’opposition oral – écrit. Nous postulons également que dans cette construction, le pronom ce n’est pas un pronom de reprise « forte », et ne vient pas pour saturer la valence verbale, mais qu’il sert de « lieur », de marquage d’insertion à l’hôte, davantage nécessaire dans le pôle écrit que dans le pôle oral. Ce ne serait ainsi pas la valence du verbe de l’incise qui évolue, mais la manière, et la nécessité ou non, de marquer l’insertion dans l’hôte, en fonction du type de données. Cette hypothèse permettrait également d’expliquer la différence entre les incises en ce crois et la construction en comme je crois, sémantiquement proches, mais différentes au niveau du marquage de l’intégration à l’hôte.
De la même manière, il semble que le pronom ce doit être analysé comme un pronom de reprise « faible », ne saturant pas nécessairement la valence verbale, comme en atteste l’observation de ses autres emplois, comme par exemple l’emploi comme corrélatif annonçant une complétive qui, elle, vient saturer la valence, ou, de la même manière que les incises de RF, sa présence dans les incises de Discours Rapporté :

(1) Ço sent Rollant que la mort le tresprent, (Roland 2354)
[Ce sent Roland que la mort le presse]

(2) Ço dit li reis que sa guere out finee. (Roland 704)
[ce dit le roi qu’il a fini sa guerre]

(3) Icele tere, ço dit, dun il esteit, (Roland 979)
[cette terre, ce dit, dont il était…]

Ainsi, le pronom ce peut annoncer une que-P sans saturer la valence verbale, sorte de corrélatif. Pour Franzen (Franzen S.R. (1939), Étude sur la syntaxe des pronoms personnels sujets en ancien français, Almqvist & Wiksells Boktryckeri-A.-B.), le ce vient ainsi « résumer » l’hôte, ce qui est effectivement le cas, mais selon nous pas tant pour saturer la valence du RF, mais bien pour indiquer le lien entre les deux propositions, hôte et incise.
Pour confirmer cette intuition, nous nous intéresserons à l’ensemble des constructions dans lesquelles le pronom CE apparaît en ancien français. Nous commencerons par en dresser une typologie. Dans la Chanson de Roland, on les observe en effet :
Avec des verbes de paroles (dire, répondre, demander…), suivi du style direct ou indirect :

(1) Ço dist Rollant : "Cornerai l'olifant (1701)
[Ce] dit Roland : Je sonnerai l’Olifan

(2) Ço dit li reis que sa guere out finee. (704)
[Ce] dit le roi que sa guerre est finie

Avec des verbes d’expérience (savoir, sentir, voir) :
(3) Ço veit Tierris que el vis est ferut (3929)
[Ce] voit Thierry que son visage est blessé

Autres :
(4) Se Deus ço dunet que jo de la repaire, (288)
Si Dieu donne [ça] que je sorte de là …

Nous chercherons ensuite à établir le statut du pronom, entre complément plein, corrélatif vide, marque redondante, élément facultatif ou au contraire obligatoire (certains verbes apparaissant dans Roland uniquement dans ce schéma), et le statut du ‘second complément’, régi ou hors phrase. Nous pourrons enfin nous interroger sur l’évolution de cette construction, entre permanence et changement.

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