jeudi 5 février 2015

Séance du 11 février 2015

Date et heure: Mercredi 11 février 2015 de 19h à 21h
Lieu: Pôle des Langues et Civilisations, 65 rue des Grands Moulins - 75013 Paris
Salle: 4.05

L'autre langage : existe-t-il des langues (non-)créoles ?


Jean-Charles HILAIRE

Résumé : En partant d’une analyse rapide des usages ordinaires de métis et de créole, on commencera par montrer que l’usage du terme métissage peut difficilement s’étendre aux faits de langage, et que les langues dites créoles ne sont pas à proprement parler des langues métisses. Plus, il apparaît à l’analyse linguistique de ces dernières que la créolisation, dont on interrogera la spécificité dans son rapport complémentaire avec la dialectalisation, n’aboutit pas plus à des langues créoles identifiables  comme telles en synchronie que la seconde n’aboutit à des dialectes identifiables en eux-mêmes comme tels, les deux produisant ce que produit socialement l’activité de langage, à savoir des langues, ou paradoxalement plus précisément peut-être, de la langue. Cependant, prendre en compte la créolisation, comme imposition de l’autre dans l’activité de langage, complexifie heureusement nos conceptions de la généalogie des langues : d’une part parce que les sociétés n’étant pas monolingues, il n’est souvent pas suffisant de recourir aux modalités d’une dialectalisation aux ressorts endogènes pour expliquer les différenciations ; d’autre part, et plus radicalement, parce que du même, rien ne nait d’autre. Or les langues ont une histoire qui les transforme, elles sont des transformées d’histoires et c’est justement en cela qu’elles sont multiples et que nous sommes aptes à signifier la mouvance du réel, à partir et au-delà des procédures codées qui constituent nos nécessaires lieux communs. Ainsi, la prise en compte de l’autre comme trouble, moteur et cause de l’activité de langage nous conduira à réaffirmer le caractère social, passif, subjectif et dynamique de celle-ci, où les transformations de valeurs sont nécessairement en jeu dans la parole et la signification. En réduisant la différence entre des langues qui seraient créoles et des langues qui seraient juste des langues, puis en repensant la complémentarité entre créolisation et dialectalisation en termes de points cardinaux aux deux pôles d’un seul continuum de modalités diachroniques, il ne s’agira donc pas de soutenir un discours où chaque langue resterait fille de sa mère et chaque sujet de langue le dépositaire d’un réseau de valeurs homogènes et de règles communes, mais bien au contraire de reconnaître dans toute activité de langage ce que nous en montrent de façon radicale les faits de créolisation, et d’ouvrir les questions qu’ils posent à toutes les langues historiquement circonscrites.

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